Par Pierre GATTAZ, Président de la FIEEC (Fédération des Industries Electriques, Electroniques et de Communication)

Les industries des technologies de l’énergie et du numérique, que représente la FIEEC (Fédération des Industries Electriques, Electroniques et de Communication), créent des produits et solutions qui irriguent la vie quotidienne de tous les citoyens. Au-delà, ces industries apportent par leurs innovations permanentes des réponses aux défis auxquels nous devrons collectivement faire face dans les années à venir. Ces défis sociétaux majeurs sont l’environnement, la sécurité, la santé et le bien-être. Dans chacun de ces domaines, la contribution de ce secteur de pointe est majeure, que ce soit au travers des solutions d’efficacité énergétique, des énergies renouvelables, de la sécurité des biens, des personnes ou des transactions, ou encore de la télésanté, de l’aide au maintien à domicile des personnes en situation de fragilité et du confort domestique. Cette énumération ne vise évidemment pas à une exhaustivité qu’il serait impossible d’atteindre tant l’électrique et l’électronique sont étroitement liées à la vie et aux activités quotidiennes de chacun.

LES IEEC : diffusantes, innovantes et porteuses d’avenir

L’industrie électrique, électronique et de communication est ainsi porteuse d’un paradoxe majeur : c’est à la fois une industrie ancienne qui a contribué à façonner notre présent, mais elle est aussi la source de nombreuses évolutions qui conditionneront notre futur. Complètement ancrée dans son environnement sociétal, cette industrie participe activement aux enjeux collectifs du pays : à ce titre, elle représente un excellent observatoire de la société avec laquelle elle interagit en permanence. Au premier rang des rapports entre cette industrie et la société figure l’éducation.

L’éducation est un enjeu capital pour l’avenir de notre industrie et de notre société. Il est important de rappeler que notre industrie se compose, avant tout, d’hommes et de femmes, nombreux et divers, qui viennent l’incarner. L’industrie, c’est d’abord ces salariés qui sont la source de toutes les évolutions, de toutes les innovations, de toutes les victoires. Derrière n’importe quelle machine ou écran d’ordinateur, il y a toujours un homme ou une femme.

Il n’est de richesses que d’hommes et de femmes

C’est parce que la richesse et la force de l’industrie ce sont d’abord ces hommes et ces femmes qui la composent que l’éducation est assurément le facteur le plus important de son développement. Elle est le gage que demain, nous pourrons toujours inventer, concevoir et réaliser des produits et des solutions toujours plus innovants et qui sauront nous démarquer de nos compétiteurs dans un contexte de concurrence internationale exacerbée.

Des besoins sociétaux qui reposent sur un socle d’infrastructures

Le monde qui s’offre à nous est plein de promesses qui peu à peu deviennent réalités : Internet, les réseaux numériques, la connectivité sans limites, les réseaux électriques intelligents, l’optimisation de nos consommations d’énergie,… De ces briques technologiques découleront des usages tout aussi prometteurs, dans tous les domaines (voiture électrique, télésanté, informatique dans les nuages,…). Cependant, pour que ces promesses soient tenues et aboutissent, comme tant d’autres, dans les mains de chacun, cela suppose des infrastructures, la mise en œuvre de technologies, la conception de produits et de solutions.

Une formation tout au long de la vie, par une collaboration entreprise-éducation naturelle :

Pour cela, il faut des salariés formés, tout au long de leur vie, à ces nouvelles techniques. C’est pourquoi il est essentiel pour nous d’entretenir un dialogue permanent avec les instances en charge de l’Education nationale, de la formation et de la recherche. En effet, il est impératif que les formations dispensées, à tous les niveaux, puissent conduire à alimenter les entreprises de talents adéquats. C’est pour cette raison que notre responsabilité d’organisation professionnelle nous mène, dans un premier temps, à identifier les techniques et les savoirs qui seront utiles à la mise en œuvre des solutions de demain, puis ensuite à les porter à la connaissance des nombreux partenaires de l’éducation et de la formation afin que nous puissions ensemble parvenir à élaborer les contenus de formations les plus adaptés possible aux enjeux du futur. A titre d’exemple, le travail commun avec l’Education nationale et les organismes de formation continue que nous avons fait autour des compétences nécessaires pour la pose de la fibre optique permet de s’assurer que les jeunes qui sortiront des filières de formation dans deux ans auront les compétences en adéquation avec les technologies qui seront alors en train d’être massivement déployées. Ce dialogue, nous devons à tout prix le maintenir et le renforcer : c’est une condition essentielle de notre succès collectif.

Redorer l’image de l’industrie

Mais au-delà du contenu des formations et du nécessaire partenariat à enrichir entre les différentes instances représentant les secteurs économiques et les décideurs en matière d’éducation, d’enseignement et de formation, un autre sujet de fond doit être abordé parallèlement. Il s’agit de l’image de l’industrie et de ses métiers.

Actuellement l’on constate de manière assez nette que l’image des métiers de l’industrie en général est singulièrement écornée. Les choix de formation des élèves sont particulièrement éloquents à cet égard et l’on constate dans de nombreuses filières industrielles une décrue des demandes, quel que soit le niveau d’entrée.

Des métiers peu connus, mais valorisants et mieux valorisés

Pourtant si l’on compare les conditions objectives de travail dans l’industrie, au regard de la rémunération, de la pénibilité, des horaires, de l’épanouissement personnel, on s’aperçoit, de manière paradoxale, que les métiers industriels font souvent mieux que beaucoup d’autres secteurs notamment dans les industries des technologies de l’énergie et du numérique.

Les métiers de l’industrie construisent l’avenir

Nous avons donc à lutter contre ce présupposé, à montrer nos industries telles qu’elles sont, et à expliquer sans relâche pourquoi nos métiers sont des métiers d’avenir et d’excellence, dans lesquels les élèves peuvent se projeter, faire évoluer et progresser la société dans laquelle ils vivent.

La révolution industrielle : c’est maintenant !

Cette mission est essentielle car les besoins en salariés seront importants, à moyen et à long terme dans les industries  électriques, électroniques et de communication. Les défis technologiques que nous avons à relever sont nombreux, les besoins sociétaux majeurs nous fixent des perspectives durablement intéressantes. Nous n’y parviendrons pas sans un nombre suffisant de salariés bien formés. Aussi, l’attractivité de nos métiers est pour nous un axe majeur.

Là encore, nous pensons que c’est grâce et avec l’école que nous avancerons. En effet, nous devons nous adresser aux élèves pour leur montrer la réalité de l’industrie, trop souvent déformée par des images archaïques sans cesse répétées : Zola a fait beaucoup d’émules, mais Zola vivait il y a deux siècles maintenant !

Entreprises et éducation nationale : des liens à resserrer

Il nous semble impératif que les élèves puissent juger par eux-mêmes de ce qu’est l’industrie. Cela suppose que l’Education nationale et les entreprises puissent entretenir un dialogue nourri, mènent des actions communes, collaborent étroitement. Pour notre part, nous avons encore du chemin à parcourir : les entreprises industrielles doivent apprendre à s’ouvrir au monde, notamment de l’éducation. Par ailleurs, lorsqu’elles font enfin l’effort nécessaire, elles doivent pouvoir trouver, dans le monde de l’éducation, un soutien, une volonté, une envie commune.

Le projet : Classe en Entreprise

Œuvrer au rapprochement de ces deux mondes est un défi que nous nous sommes fixés. Ainsi, la FIEEC a lancé, il y a peu, un concept baptisé « Classe en entreprise » qui vise à implanter une classe de 4ème ou de 3ème durant trois jours dans une de nos entreprises. Durant ces trois jours, les cours de la classe se poursuivent quasi-normalement, mais dans un autre lieu (l’entreprise). Des créneaux sont aménagés pour découvrir, selon un processus pédagogique, les différentes fonctions de l’entreprise.

Triple gains  – pour les élèves, les professionneurs et les salariés

Cette expérience a prouvé son efficacité grâce à sa facilité de mise en œuvre. Cette caractéristique a permis de désamorcer les réticences de nombreux industriels et proviseurs de collège. Au-delà, les vrais avantages de cette expérimentation viennent du fait que de nombreux préjugés sont battus en brèche, tant pour les élèves, que pour les professeurs (qui participent aussi au projet), que pour les salariés des entreprises qui doivent expliquer leur métier, ce qui est extrêmement valorisant.

Cette expérience est bien-sûr, pour l’instant, d’une ampleur limitée. Néanmoins, même s’ils ne sont que quelques centaines d’élèves à repartir convaincus qu’un avenir dans l’industrie est non-seulement possible, mais intéressant pour eux-mêmes, il s’agit déjà d’une victoire. Le Ministère de l’Education Nationale a porté sur ce projet un regard plein de bienveillance et a exprimé sa volonté d’encourager son déploiement et sa généralisation sur le territoire.

Des projets communs, sans cesse à devélopper

Nous nous en félicitons doublement, pour la réussite du projet lui-même, mais aussi et surtout pour le partenariat et le dialogue ainsi créé. Ce projet n’est qu’un exemple des nombreuses actions que nous devons entreprendre pour que les jeunes puissent à nouveau faire rimer industrie avec avenir, mais il révèle que les industriels et l’Education nationale doivent collaborer étroitement.

Pour cela, il faudra probablement du temps. Il s’agit d’apprendre à mieux se connaître, au niveau national bien sûr, mais aussi et surtout au niveau local. Il est important que dans chaque territoire, entreprises et écoles apprennent à se  parler, à mener ensemble des actions, à avoir des projets communs.

Ensemble pour bâtir l’avenir, et celui de nos enfants

C’est notre conception de l’avenir de notre industrie : les technologies de l’énergie et du numérique sont structurantes pour notre société. Les contenus des formations doivent permettre de générer des salariés capables de prendre leur part au développement des produits et solutions qui répondront aux besoins de la société. Concomitamment, l’industrie doit être en mesure, avec l’aide de l’éducation nationale de faire connaître la réalité de ses métiers aux élèves afin que ceux-ci puissent, à l’heure du choix de leur orientation, se prononcer de manière éclairée.

Ensemble, industrie et éducation peuvent faire de grandes choses et répondre aux aspirations de notre société. Les industriels des technologies de l’énergie et du numérique souhaitent s’engager résolument dans cette voie pour apporter leur contribution et leurs réponses aux défis sociétaux. Le monde de l’éducation a, à n’en pas douter, un rôle majeur dans cet objectif.


Site sous Wordpress. Réalisation par Laurent Millotte, Développeur Wordpress